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Grèves : un jour noir finalement favorable aux magasins franciliens
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Grèves : un jour noir finalement favorable aux magasins franciliens

La comparaison des ventes du jeudi 5 décembre avec l’an passé est trompeuse en raison de la période mouvementée des gilets jaunes… mais le comparatif avec 2017 est positif, tout particulièrement en Île de France où les consommateurs ont profité de la journée pour faire leurs courses alimentaires.

Alors que la grève se poursuit, Nielsen revient sur la journée du 5 décembre dernier, journée de démarrage des mouvements sociaux de cette fin d’année.

Un contexte particulier l’an dernier… qui trouble la lecture des évolutions entre 2018 et 2019

Si les ventes alimentaires affichent un recul de -1.8% en hypermarchés et supermarchés la semaine du 2 au 8 décembre, la baisse vient tout particulièrement du jeudi 5, journée noire crainte par les usagers des transports mais aussi par les enseignes de la distribution. 

La baisse de chiffre d’affaires atteint -12,4% entre le jeudi 6 décembre 2018 et le jeudi 5 décembre 2019… mais cette forte baisse des ventes ne peut être reliée aux seules grèves de 2019. Le contexte particulier de fin 2018 (début du mouvement des gilets jaunes) avait provoqué des changements dans les habitudes d’achat des Français. Ces derniers avaient notamment anticipé leurs achats sur les jours de semaine pour éviter les déplacements compliqués du samedi. C’est pourquoi les chiffres de 2019 ne peuvent être comparés à la situation atypique de 2018 mais plutôt à ceux de 2017.

Mercredi 4 : anticipation des consommateurs et des magasins

Par rapport à la fin d’année 2017, le chiffre d’affaires alimentaire est en progression de +1.7% lors de la semaine allant du 2 au 8 décembre, avec une accélération des ventes le mercredi 4 (+6.1%), veille du démarrage du mouvement de grève.

Cette tendance s’observe aussi bien en hypermarchés (+5%) qu’en supermarchés (+7.6%), ce qui confirme par ailleurs l’adaptation logistique des enseignes, qui avaient prévu le surplus de visites de la clientèle en semaine, comme c’était les cas lors des épisodes ‘gilets jaunes’.

Jeudi 5 décembre 2019 : pas de chute des ventes…

Alors qu’avaient lieu le début des grèves et les manifestations partout en France, la journée du jeudi 5 décembre a vu les grandes surfaces générer un chiffre d’affaires de 304 millions d’euros, conforme à l’historique observé en 2016 et 2017, avec même une une augmentation de +1.1 % par rapport au jeudi 7 décembre 2017.

… au contraire, une forte progression en Île de France !

La situation a été très différente d’une région à l’autre, avec une situation hors norme en Île de France. Il semble que les Franciliens aient tout particulièrement anticipé ce premier jour de grève, annoncé comme un jeudi noir pour les déplacements tant en transports en commun que sur les routes.

Les Franciliens ont en effet manifestement pris leurs dispositions et multiplié ce jour-là le travail à domicile, les RTT, jours de congés… de façon à éviter les déplacements sur le lieu de travail. Le trafic était presque deux fois moins dense qu’un jeudi « normal » selon le site Sytadin déployé par la Direction des routes d’Ile-de-France (DIRIF). De quoi en profiter pour faire les courses pour le foyer ? Contre toute attente, les supermarchés et hypermarchés de la capitale et autour de Paris ont réalisé une très forte journée ce jeudi 5 décembre 2019, réalisant un chiffre d’affaires 16.3 % au-dessus du même jeudi de 2017. 

Le jeudi a ainsi vu son poids dans les ventes hebdomadaires progresser de façon significative en région parisienne, passant de 12.5% (semaine du 7 décembre 2017) à 14.3% lors de la semaine du 5 décembre 2019.

Pas de produits manquants en rayon grâce à l’anticipation des livraisons

Dans ce contexte d’incertitude et de mouvements sociaux, la semaine du 5 décembre aurait pu être catastrophique pour les points de vente, avec des consommateurs frileux pour se déplacer en magasin et des difficultés logistiques de premier ordre. Pourtant, les premiers chiffres n’ont pas montré pas de ruptures particulières en rayons.

Pour Laurie Martinez, Consultante Senior Nielsen OSA, “les enseignes semblent avoir anticipé les livraisons dès le début de semaine, ce qui a permis de maintenir un bon niveau de présence des produits dans les rayons. Néanmoins tous les acteurs craignent l’évolution du mouvement social qui pourrait à terme générer un effet négatif sur les résultats de fin d’année”.

Les distributeurs auront à cœur dans les prochaines semaines d’attirer leur clientèle en point de vente, malgré la tentation de la livraison à domicile pour éviter les éventuelles difficultés de déplacement. Ces 12 derniers mois, les consommateurs français ont montré une forte capacité d’adaptation aux nouvelles contraintes imposées par les gilets jaunes puis les mouvements de grèves. Ce sera sans aucun doute un défi important pour les enseignes, d’un point de vue logistique, pour répondre aux anticipations des consommateurs en amont des journées d’action syndicale.