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Bilan de 5 semaines de “gilets jaunes” : la grande distribution perturbée comme rarement, les habitudes d’achat des Français modifiées

Le non-alimentaire pénalise le chiffre d’affaires des grandes surfaces quand les PGC (notamment l’alimentaire) se maintiennent, grâce à des reports vers d’autres jours et d’autres circuits.
Les grands hypermarchés, principales victimes de ces cinq dernières semaines.

Après 5 semaines marquées par les épisodes de mouvements “gilets jaunes”, Nielsen fait le bilan pour la distribution et les consommateurs.

Des perturbations record pour la distribution

Yellow Vests : Chaotic Evolutions for Large Distribution

Depuis l’épisode #1 du 17 novembre, marques et enseignes ont dû assurer les livraisons de marchandises jusqu’aux points de vente, dans des conditions très difficiles. Tout particulièrement les samedis avec des niveaux de livraisons très en deçà de la normale, liés aux difficultés de circulation et d’accès aux points de vente. Le samedi 17 novembre, les livraisons étaient ainsi 22% inférieures au niveau attendu.

La séquence a été très chaotique également en termes de vente, conséquence des difficultés d’accès aux magasins pour de nombreux consommateurs : d’une journée à l’autre, d’une semaine à l’autre, l’évolution des ventes a été totalement bouleversée, avec des baisses extrêmement violentes (-37% le samedi 17 novembre en moyenne… et de nombreux magasins à -80% voire davantage).

Sur l’ensemble de la séquence étudiée (5 semaines impactées par les épisodes #1 à #5 du mouvement “gilets jaunes”), le chiffre d’affaires total magasin (hors carburants) a subi une baisse de -1.0% soit 160 millions d’euros en moins, vs. les mêmes semaines l’an passé. Sur la grande consommation (Produits de Grande Consommation et Frais Libre-Service), le chiffre d’affaires a en revanche progressé de +0.9%.

Balance Yellow Jackets after 5 weeks: -1% in Total but + 0.9% for the PGC

Le non-alimentaire grève les performances des enseignes

Les ventes de l’univers non-alimentaire des grandes surfaces (multimédia, bazar, textile…) ont été les plus pénalisées durant la séquence, avec un double phénomène. D’une part, ces produits ont subi de plein fouet les difficultés du samedi, davantage encore que l’alimentaire. Pour Emmanuel Fournet, Directeur Insights Distribution chez Nielsen, “les consommateurs qui réussissaient à accéder à leur magasin le samedi ont privilégié l’essentiel, à savoir l’alimentaire et les produits d’hygiène-beauté.”  D’autre part, le non-alimentaire n’a pas bénéficié du report vers d’autres jours de la semaine, contrairement à l’alimentaire.

Sales of distribution penalized by the non-food

Adaptation du consommateur : des reports vers d’autres jours…

L’analyse de l’impact sur l’alimentaire est riche d’enseignements sur la résilience de ces univers de produits… et sur la capacité d’adaptation des consommateurs, comme l’analyse Anne Haine, Directrice Générale de Nielsen France. “Malgré les difficultés rencontrées ces dernières semaines, les Français n’ont pas arrêté leurs achats pour s’alimenter. En revanche, ils ont adapté leur quotidien aux nouvelles contraintes logistiques. Schématiquement, ils ont évité le rituel des courses du samedi dans les grands hypermarchés, le remplaçant par des visites d’autres magasins plus accessibles comme les supérettes, et par des achats en semaine. C’est ce double report, spatial (vers d’autres circuits) et temporel (en semaine plutôt que le samedi) qui a marqué ces dernières semaines.”

The non-food even more penalizes Saturdays

… et vers d’autres circuits

Disparate performances according to the circuits

Les grands hypermarchés (plus de 7500 m²) ont été particulièrement touchés par les blocages, étant les plus dépendants également des déplacements en voiture. Ils sont également les plus vendeurs de produits non-alimentaires, ils ont donc logiquement été les plus touchés, avec notamment -54% de chiffre d’affaires le 17 novembre. L’ensemble des hypermarchés a perdu plus de 300,000 foyers acheteurs en novembre en comparaison avec novembre 2017.

La proximité a été la moins touchée, car restée plus accessible, et bénéficiant de reports en provenances des plus grandes surfaces.

Very clear impact according to the days of the week

Le drive est symptomatique de l’adaptation des consommateurs : certes, le circuit a été sévèrement touché les samedis, comme les hypermarché en raison des difficultés de déplacement en voiture. Mais la clientèle a modifié ses habitudes en privilégiant les retraits en drives en semaine ou le dimanche, afin d’éviter les difficultés sur les routes. “En conséquence, note Anne Haine, le drive a connu des progressions très fortes comme le vendredi 16 novembre (+33%) pour anticiper l’épisode #1 du lendemain, ou encore le 6 décembre (+25%), avec des foyers (travaillant notamment aux 4 / 5) privilégiant le mercredi plutôt que le samedi”.

Agglomérations : Avignon et Saint-Etienne particulièrement pénalisées

Afin de mettre en lumière les disparités locales, Nielsen a isolé les agglomérations qui ont vu leurs ventes le plus reculer lors des 5 semaines. Les plus impactées ont subi des baisses très significatives les samedis avec un quart voire un tiers du chiffre d’affaires en moins. Et jusqu’à -58% à Rouen et -60% à Nancy le 17 novembre.

Néanmoins, dans ces agglomérations également une grande partie du rattrapage a pu être réalisée en semaine : le recul s’établit en effet à -5 voire -7% sur l’ensemble de la séquence.

The strongest setbacks during the Yellow Vests sequence

L’analyse confirme également que la région parisienne est relativement épargnée : -2% sur l’ensemble de la séquence, et -5% en moyenne lors des 5 samedis.