Sobriété et confinement
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Sobriété et confinement

Depuis le 17 mars, le rayon alcools des magasins est mis de côté par les consommateurs, malgré la fermeture des établissements hors-domicile. Le recul des ventes est même deux fois supérieur à sa tendance annuelle… à contre-courant des autres rayons.

La France se trouve en confinement depuis 18 jours, entraînant des achats jamais vus en grande distribution, des effets de stockage considérables au sein des rayons épicerie ou entretien par exemple. Chacun aurait pu anticiper un phénomène similaire sur le rayon alcools, d’autant plus que l’interdiction d’ouverture des restaurants, bars, pubs… a stoppé net la vente de boissons, alcoolisées ou non, dans ces établissements à partir du 15 mars.

Pour Mathieu André-Febrero, Directeur On-Trade chez Nielsen, “habituellement le mois de mars est un mois moyen pour les ventes d’alcools hors-domicile, sauf pour bières et whiskies lors de la Saint-Patrick (le 17 mars). Avec cette fermeture nationale à partir du dimanche 15, le mois de mars 2020 a donc été amputé de moitié, mais les volumes perdus (17 millions de litres de bières et 1,3 million de spiritueux) n’ont pas été reportés mécaniquement sur les magasins : les consommateurs ont eu d’autres achats plus prioritaires à gérer.”

Concernant l’évolution des ventes d’alcool en magasin, la rupture est en effet très nette après le 17 mars et l’entrée en confinement. Pour Nicolas Léger, Directeur Analytique chez Nielsen, “un tel retournement de tendance est assez inattendu, notamment eu égard aux évolutions observées dans d’autres pays passés en confinement.”

LES ALCOOLS, GRIPPÉS DEPUIS LE 17 MARS

Force est de constater que malgré des ventes spectaculaires entre vendredi 13 et mardi 17 mars, les ventes d’alcool sont en recul de 16.1% (en valeur) lors des 12 jours qui ont suivi la mise en place du confinement, alors même qu’ils affichaient une croissance de 12.4% les 12 jours précédents. 

LE CONFINEMENT AFFECTE TOUS LES TYPES D’ALCOOL

Qu’en est-il des apéros virtuels, apéros Zoom ou Skypéros ? A la vue des résultats des différents types d’alcools depuis le début du confinement, le phénomène s’avère marginal en France, en tout cas ces rendez-vous virtuels semblent-ils peu accompagnés de consommation d’alcool. Tant les vins tranquilles dont les ventes diminuent de 1.8% que les spiritueux qui plongent à -3.2% sont en effet en recul depuis le début du confinement. En revanche du côté de la bière, le chiffre d’affaires depuis le 17 mars a eu tendance à progresser de +6.9% par rapport à la même période de 2019 (soit une croissance deux fois plus rapide que celle des douze derniers mois).

Afin d’intégrer également les achats de stockage effectués entre l’allocution présidentielle du 12 mars et le début du confinement, considérons néanmoins l’ensemble de la séquence allant du vendredi 13 au dimanche 29 février.
Sur cette séquence, le total des produits de grande consommation a progressé de 26%, largement en raison de la journée record du 16 mars. Malgré cette dernière, les alcools affichent un recul de 3.4% de leur chiffre d’affaires sur la même période, largement à contre-courant des autres rayons comme l’épicerie salée ou les surgelés salés.

Certaines boissons alcoolisées ont même subi des reculs spectaculaires, comme les champagnes et autres vins effervescents, les liqueurs et les cidres. A l’opposé, bières, vin rosé, anisés et rhums s’en sortent positivement, grâce à la météo particulièrement ensoleillée qui a accompagné les premières semaines de confinement.

Pour Nicolas Léger, “les différents alcools ne sont évidemment pas logés à la même enseigne. Au-delà de leur météo-sensibilité, ce sont également leurs occasions de consommation qui impactent leurs résultats à l’heure actuelle. L’heure est moins propices aux célébrations, et les champagnes par exemple en subissent clairement les effets ; avec Pâques dans quelques jours, c’est un nouveau temps fort qui va être mis à mal cette année”.

En-dehors des rosés, les ventes de vin sont toujours plus en repli, tirées par les hypermarchés (-31% sur la dernière semaine). En revanche la progression des supérettes et surtout du drive se confirme : les ventes de vin ont progressé dans ce dernier de 118% et 158% ces deux dernières semaines.

CUBIS DE VIN ET FÛTS DE BIÈRE ONT LES FAVEURS DES CONFINÉS

Si la mode des apéros virtuels semble demeurer un épiphénomène, l’analyse des tendances de ventes au département a démontré de son côté l’exode des Français dans certaines régions du littoral de la Manche et de l’Atlantique. Un phénomène qui voit appuyé par le boom des ventes sur les cubis de vins ou les fûts de bières. Si les spiritueux et les Français ne sont pas forcément à la fête en cette période compliquée, le partage reste bel et bien un soutien de circonstance.

VERS UN REMPLISSAGE DES CAVES ET BARS À DOMICILE ?

L’incertitude des prochaines semaines est particulièrement forte pour les alcools ; la poursuite du confinement pourrait être particulièrement néfaste pour des marques déjà pénalisées par la fermeture des établissements comme les bars, pubs et restaurants.

Pour Nicolas Léger, “les consommateurs se sont limités dernièrement aux courses de première nécessité, et ont déserté le rayon alcools. On peut néanmoins imaginer que les Français ont jusqu’ici pioché dans leurs réserves (bars et caves) pour leur consommation de confinement. Selon la durée de ce dernier, ils pourraient être amenés à renouveler leur stock dans les prochaines semaines, et pourquoi pas dès ce début avril. Pour une grande partie d’entre eux, le versement de la paye du mois de mars pourrait faciliter les achats de produits “plaisir” comme les alcools.”

Mathieu André complète : “sur la durée, on verra sans doute rebondir ces catégories alcools avec une volonté d’agrémenter son quotidien, qui peut sembler morose et répétitif.”

Et si la mode des apéros virtuels devenait un nouveau rite… accompagné d’alcool désormais ?